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Éducation · Conjoncture

Fournitures scolaires : pourquoi la rentrée reste chère

Cahiers, stylos, cartable, affaires de sport : les achats s’accumulent avant même le premier jour de classe. Après la flambée de 2023, certaines dépenses ont reculé, mais les familles ne retrouvent pas partout les anciens prix. Le papier et l’énergie expliquent une partie de la hausse. Les marques, les demandes des établissements et les aides reçues font ensuite une différence très concrète à la caisse.

Le choc de 2023 reste dans les tickets de caisse

La hausse a été particulièrement brutale à l’été 2023. UFC-Que Choisir relevait alors une augmentation moyenne de 10 % sur les fournitures étudiées en grande distribution, en un an. La papeterie était la plus touchée : +14 % pour les cahiers, feuilles et classeurs. Dans le détail, les feuilles simples avaient pris 34 % et les cahiers grand format 22 %.

L’accalmie qui a suivi a été beaucoup plus faible. En juillet 2024, l’association constatait une baisse moyenne de 1 % sur les produits relevés. En juillet 2025, les prix repartaient à la hausse de 2 % sur les 118 articles observés. Pour les parents, c’est une différence essentielle : une petite réduction après une forte augmentation laisse une facture élevée.

Depuis 1990, une hausse d’environ trois quarts

Sur le temps long, les « autres fournitures scolaires et de bureau » suivies par l’Insee coûtent environ 75 % de plus en 2025 qu’en 1990. L’ensemble des prix à la consommation a augmenté d’environ 79 % sur la même période. Ces fournitures ont donc suivi une évolution assez proche de celle des prix en général.

La dernière décennie raconte surtout une rupture récente. Dans cette catégorie, les prix ont très peu bougé entre 2015 et 2021, puis ont progressé de près de 12 % entre 2021 et 2025. La période où le matériel restait au même prix a laissé place à des hausses concentrées sur quelques rentrées.

Depuis 1990, les prix ont augmenté d’environ trois quarts

Hausse cumulée entre 1990 et 2025, d’après l’Insee. Les fournitures scolaires et de bureau suivies ici progressent un peu moins que l’ensemble des prix.

  • Autres fournitures scolaires et de bureau75 %
    1990–2025
  • Ensemble des prix à la consommation79 %
    1990–2025

Pourquoi la baisse du papier ne se retrouve pas entièrement dans les cahiers

La pâte à papier est au départ des feuilles et des cahiers. Ses cours mondiaux ont plus que doublé entre juin 2020 et septembre 2022, selon les données de l’Insee citées par UFC-Que Choisir. Les fabricants ont aussi subi le renchérissement de l’énergie. Transformer la pâte, fabriquer le papier puis produire et transporter un cahier mobilise plusieurs entreprises, chacune avec ses coûts.

En 2024, UFC-Que Choisir soulignait que le prix de la pâte avait reflué de 30 %, sans baisse équivalente dans les rayons. Du côté des industriels, COPACEL, qui représente les producteurs de papier et de carton, reconnaissait la détente du gaz et de l’électricité, tout en expliquant que leur coût restait supérieur aux niveaux d’avant-crise.

Ces deux constats éclairent la situation : la matière première est devenue moins chère, mais toute la chaîne de fabrication n’est pas revenue à ses anciens coûts. La concurrence entre marques compte également. En 2024, les fournitures de marques de distributeurs baissaient de 3 % dans l’enquête d’UFC-Que Choisir, tandis que celles des marques nationales augmentaient encore de 1 %.

211 euros pour équiper un élève entrant en sixième

Familles de France estime à 211,10 euros le panier de rentrée en sixième en 2025, soit 12,36 euros de moins qu’en 2024. Il comprend 47 références : papeterie, autres fournitures et trois articles de sport. Après le pic de 2023, son coût revient près des 208,12 euros relevés en 2022.

Le lieu d’achat change fortement la note : 192,42 euros en hypermarché, 210,35 en supermarché et 243,03 en magasin spécialisé dans cette enquête. Entre les deux extrêmes, l’écart dépasse 50 euros.

La baisse de ce panier et la hausse constatée par UFC-Que Choisir coexistent. Familles de France sélectionne un équipement complet au bon rapport qualité-prix, avec notamment du sport ; UFC suit les prix d’une sélection de fournitures vendues en ligne par la grande distribution. Une famille peut donc économiser en changeant de produit ou de magasin, alors que les références qu’elle achetait auparavant restent chères.

Le panier d’entrée en sixième revient près de son coût de 2022

Familles de France : 208,12 euros en 2022, 226,33 en 2023, 223,46 en 2024 et 211,10 en 2025. Fournitures et articles de sport.

  • Rentrée 2022208,12 €
    2022
  • Rentrée 2023226,33 €
    2023
  • Rentrée 2024223,46 €
    2024
  • Rentrée 2025211,10 €
    2025

La recherche de petits prix transforme les achats

Le choix d’une marque de distributeur permet souvent de payer moins cher. UFC-Que Choisir observait déjà en 2023 que ces produits restaient moins onéreux en moyenne que les marques nationales, malgré une hausse de prix plus forte cette année-là. L’étiquette de la marque et le prix final doivent donc être regardés ensemble.

La concurrence s’étend aussi aux plateformes chinoises. Dans son enquête d’août 2025, Le Monde décrit la place prise par Temu et Shein dans les achats de petites fournitures. Des fabricants comme Pilot et Stabilo y signalent des contrefaçons. La recherche du prix le plus bas pose ainsi une autre question : la qualité et l’authenticité de ce que les enfants utiliseront toute l’année.

Les établissements décident aussi de ce qu’il faut acheter

Le nombre d’articles demandés se décide à l’école. Le ministère de l’Éducation nationale demande aux établissements d’harmoniser les listes entre enseignants, de limiter les fournitures et d’étaler les achats selon les besoins. Il prévoit que les parents puissent faire des observations avant l’arrêt de la liste et qu’ils la reçoivent dès juin. Ces règles permettent d’éviter les achats en double et les dépenses imposées au dernier moment.

Sur le terrain, la Confédération syndicale des familles relève encore, dans son enquête 2025, des listes très longues au secondaire, des demandes de deux paires de baskets et du matériel spécifique peu utilisé. Elle cite aussi une liste de CP à Niort où les achats demandés aux parents se limitent à des affaires personnelles, le matériel collectif allégeant les besoins.

Réduire la facture ne repose donc pas seulement sur le temps passé par les parents à comparer les prix. Une liste commune, du matériel partagé et des achats groupés organisés avec les associations peuvent agir directement sur ce qu’une famille doit acheter.

Qui paie : les familles, la Caf ou les collectivités ?

En 2025, l’allocation de rentrée scolaire allait de 423,48 à 462,33 euros par enfant selon l’âge, pour les familles remplissant les conditions de ressources. La Cnaf annonçait près de trois millions de foyers bénéficiaires. Cette aide arrive au moment où il faut régler les achats de rentrée.

Les besoins continuent ensuite : vêtements, équipement numérique et renouvellement du matériel. Dans une étude citée par la Cnaf auprès de 2 000 familles bénéficiaires, l’allocation représentait environ un tiers du budget annuel moyen consacré à l’équipement des enfants. C’est pourquoi son montant dépasse le prix d’une simple liste de fournitures.

La CSF défend une prise en charge publique plus large et la gratuité des fournitures. Elle souligne que l’aide reçue dépend aussi du lieu de résidence : certaines communes fournissent le matériel, d’autres le laissent à la charge des parents. Fournir directement les cahiers et les stylos évite aux familles d’avancer l’argent, mais suppose de financer les achats sur le budget de la collectivité et de les organiser avec les enseignants.

Faire baisser le prix, mais aussi la liste à payer

Les hausses de 2023 ont renchéri des achats indispensables. Les baisses suivantes ont apporté un répit inégal : le panier de Familles de France revient près de son coût de 2022, alors que les relevés d’UFC-Que Choisir montrent encore des prix élevés sur de nombreuses fournitures.

Les réponses se jouent à plusieurs endroits : dans les prix pratiqués par les fabricants et les magasins, dans les listes établies par les écoles et dans la prise en charge publique. Harmoniser les demandes évite des achats ; fournir du matériel ou verser une aide réduit ce que les parents paient eux-mêmes. Pour les familles les plus contraintes, ces décisions comptent autant que la promotion sur un paquet de cahiers.